L’Innovation, entre Expertise et Création

 

Création
Il ne faut pas négliger le fait que l’innovation peut être également une production de « nouveauté », une action de « création » qui n’est pas forcément liée à des enjeux de société ou à des risques collectifs. Cet état d’esprit de « création permanente », qui ne serait pas forcément finalisée, peut être à la source d’innovations scientifiques et technologiques pour peu que les communautés scientifiques, les institutions ou la société acceptent et reconnaissent son intérêt. Encore faut-il que les acteurs aient la possibilité de s’engager dans de telles activités de création. Il s’agit aussi d’appréhender son inscription dans l’histoire et ses similitudes avec des concepts apparentés (transformation, changement, progrès, etc.).

Au-delà des questions de moyens, d’infrastructures, du rôle joué par les règles et les normes, du degré d’autonomie accordé aux individus, il s’agit également d’interroger les processus mentaux et cognitifs qui façonnent les activités de création et de production de nouveautés. Ces processus sont encore mal connus notamment à cause de leur diversité.

Expertise
L’expert semble devenir un acteur central, dont les connaissances sont déterminantes non seulement pour la qualification des problèmes collectifs présents ou à venir, mais également dans la gestion des controverses générées par les avancées des technosciences. Le rôle joué par l’expert dans l’appréciation des risques et la gestion des controverses, (en tant que spécialiste du domaine scientifique), conduit à nous interroger sur la nature et le statut de cet acteur particulier. Son rôle de médiateur, soutenu notamment par sa capacité à formaliser des savoirs tacites et nouveaux, semble lui donner une certaine légitimité, surtout dans des contextes marqués par de fortes incertitudes. Pour autant, nous pouvons nous interroger sur sa professionnalisation, son institutionnalisation, voir sur la valeur juridique de son expertise, et ceci surtout dans des contextes de renouvellement de certaines communautés scientifiques ou de compétition scientifique.

Plus généralement, et au-delà de l’individu-expert, une partie non négligeable des activités scientifiques sont traversées par le renouvellement des enjeux de société et par des interrogations accrues sur les risques collectifs (environnement, santé, etc.). Il s’agit alors de comprendre comment les conflits internes aux sciences, qui sont à la base de toute démarche scientifique, impactent les modes de définition et de traitement des problèmes et des risques collectifs.