Innovation et usages

 Si les enjeux économiques liés à l’innovation sont désormais bien compris, il semble que le passage de la Recherche à l’Innovation – véritable pierre angulaire du développement économique – doit être analysé sous l’angle des dynamiques d’usage des nouveaux produits et services, ainsi que de l’acceptabilité sociale.

Cette analyse vise à imaginer les usages liés aux technologies émergentes en recourant notamment aux approches « user experiences » et de créativité. Par des processus itératifs comprenant des utilisateurs existants ou « potentiels » dans les boucles de conception, l’objectif est de déterminer les conditions d’adoption de l’innovation. Plus généralement, il s’agit de réduire la fracture entre le « conçu » (par le technologue) et le vécu (par l’usager/consommateur) en introduisant la logique de l’usage tout au long de la conception et de donner ainsi du sens à l’innovation.

Au-delà d’un véritable co-développement de l’innovation avec les utilisateurs, il s’agit aussi d’élaborer des méthodologies d’évaluation économique des produits et services issus d’innovations. En effet, la capacité pour les acteurs innovants à réaliser de manière profitable le passage de la Recherche à l’Innovation repose sur leurs aptitudes à détecter et à évaluer de manière précise le potentiel de valeur de leur innovation. Cette question est d’autant plus importante que les acteurs opèrent bien souvent dans un contexte d’incertitude technologique (par rapport à l’innovation en tant que telle mais également par rapport à son insertion dans les systèmes technico-économiques existants) et sur des marchés parfois inexistants (ou du moins des marchés qui pourraient être fortement perturbés par l’introduction de l’innovation).

Associant les sciences de marketing, de l’économie expérimentale, de la sociologie des usages ou encore de la psychologie, il s’agit d’accroître notre capacité à modéliser et à expérimenter les comportements des consommateurs (potentiels ou existants), non pas a posteriori mais en lien étroit avec les phases d’exploration des usages de l’innovation. En termes plus finalisés, il s’agit de développer des outils d’observation et d’analyse qui puissent servir l’ensemble des parties concernées par l’innovation en tenant compte des attentes, des représentations et des craintes des usagers/consommateurs. La question de l’acceptabilité intéresse non seulement les industriels et les chercheurs, mais aussi les pouvoirs publics soucieux de l’émergence d’interrogations accrues sur les risques collectifs et environnementaux liés aux avancées des technosciences.